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Le koto et sa notation musicale


En l’an 700, tandis que l’Europe est dévastée depuis la chute de l’Empire Romain trois siècles auparavant, la Chine offre un des plus grands empires de son époque, sous la dynastie Tang, dont la capitale, Chang’an, abrite plus d’un million d’habitants. Malgré ce nombre incroyable d’habitants, l’urbanisme est propre et raffiné. Malgré des relations pas toujours amicales, la Chine et le Japon ont longtemps entretenu de fructueux échanges culturels pendant très longtemps. Ainsi, Nara, capitale du Japon pendant un siècle, reprend le modèle de la capitale chinoise.

 

Le koto et ses caractéristiques et son jeu

 

Le koto, parfois appelé « harpe japonaise », est un instrument traditionnel japonais de la famille des cithares de l’Asie de l’Est d’origine sino-coréenne qui arrive sur le sol japonais à la période Nara (710-794). Initialement appelé Sô no koto, il était un symbole de pouvoir et outil sacré dans les rituels. Il représente l’élite sociale japonaise, car à l’instar du piano en Europe, il est beaucoup joué par les femmes, dès le IXe siècle.

 

Construit en bois de paulownia, il mesure aujourd’hui de 180 à 190 cm et a un corps incurvé sur lequel reposent treize cordes de mêmes longueur, épaisseur et tension. Auparavant exclusivement en soie, elles peuvent aujourd’hui être en métal et sont fixées sur treize chevalets[1] mobiles en bois ou ivoire servant à l’accordage, selon le morceau joué. Il s’agit en majorité de la gamme pentatonique[2] hirajochi[3], sombre et mélancolique, caractéristique du folklore japonais.


Il se joue posé à même le sol ou sur une table. Les pouce, index et majeur de la main droite jouent des pincements ou glissendi[4] à l’aide d’onglets attachés grâce à des bandelettes de cuir ou de papier, tandis que la main gauche effectue des vibrato[5] en jouant avec la tension des cordes non vibrantes. Elle fait aussi du chromatisme[6] en déplaçant les chevalets mobiles.

 

La notation musicale comme outil d’import et de transmission

 

            Kibi no Makibi, noble de cour et érudit né en 695 également connu sous le nom de Kibi Daijin, part étudier en Chine en 716. Acclimaté à la culture chinoise, il ramènera beaucoup de choses de son périple de dix-sept ans, comme les kanjis, le jeu de go, l’art de la broderie et le biwa. Mais on lui attribue également les katakana[7] et les tablatures[8] musicales faites à partir de kanji[9] dans le but de ramener la musique chinoise sur le territoire Nippon.

 

 

 

Tout comme les textes, la musique japonaise se lit en colonnes verticales, de haut en bas, et de droite à gauche. Il en existe autant d’instruments, mais nous allons nous intéresser à celle du koto. Elle repose sur l’inscription d'idéogrammes de chiffres correspondant aux cordes jouées. Cependant, les cordes 11 à 13 possédent un langage spécifique à l’instrument et se nomment to, i, et kin.


Selon Tran van Khê, directeur de recherche au CNRS et président et directeur des études du Centre des études de musique orientale, « même dans les tablatures, la nuance d'exécution, les subtilités de l'ornementation ne peuvent être rendues. L'élève ne peut jamais « lire » une partition sans recourir aux explications de son maître. Il s'agit d'une « musique écrite de tradition orale »[10]. Aussi, il n’existe pas de notion d’œuvre définitive dans la musique traditionnelle japonaise, contrairement à la musique occidentale, l’écrit servant uniquement de trame, pourvu que le thème reste identifiable. La lecture des phrases écrites à côté des chiffres sur la tablature induit le rythme de la musique.


Certains idéogrammes semblent parfois dépasser le nombre 13, ce qui nous mène à penser que deux cordes pourraient être jouées en même temps : le chan, par exemple, est une technique où deux cordes sont jouées en même temps pour laisser entendre l’octave. Les cordes 7+2, 8+3, 9+4, 10+5, 11+6, 12+7, 13+8 vont donc ensemble. Cela correspond aux chiffres inscrits sur la tablature. D’autres symboles sont également notés, comme le rond, qui signifie une pause plus longue.

 

L’utilisation du koto dans la musique actuelle

 

Au fil du temps, les japonais se sont accoutumés de la musique savante européenne[11] et de la culture américaine, notamment pendant l’occupation américaine de l’après-guerre. Si l’intégration des instruments traditionnels dans le répertoire classique fut un échec, certains artistes ont la volonté de ramener le koto au goût du jour, comme Kagrra, groupe de J-Rock de visual kei actif de 1998 à 2011. De même, June Kuramoto, membre du groupe de jazz fusion Hiroshima, est joueur de koto.

 

Kagrra - Utakata (うたかた)


Hiroshima - One wish



[1] « Pièce de bois placée sur la table d'harmonie d'un instrument pour sous-tendre les cordes, délimiter la longueur de corde vibrante, transmettre à la table les vibrations » selon Larousse.

[2] Gamme à cinq notes (contrairement à sept comme en occident).

[3] Se caractérise par les notes ré mib sol la sib.

[4] « Passage d'une note à l'autre « en glissant » de façon continue sur les notes intermédiaires » selon Larousse.

[5] « Légère ondulation du son produite sur les instruments de musique (cordes ou vents) ou avec la voix » selon Larousse.

[6] « Succession de demi-tons » selon Larousse.

[7] « Syllabaire japonais utilisé pour transcrire les mots empruntés aux langues étrangères autres que le chinois » selon le dictionnaire Larousse

[8] Indication « non [d]es sons eux-mêmes, mais [de] la manière de les produire sur un instrument donné (position des doigts) » selon le dictionnaire Larousse.

[9] « Signe idéographique de l'écriture japonaise, d'origine chinoise »

[10] « MUSICALES (TRADITIONS) : Musiques d'inspiration chinoise » sur universalis.fr

[11] Communément appelée « musique classique ».

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